
Média business pour mieux entreprendre

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Le nom de Gianni Infantino résonne aujourd’hui comme un symbole aussi puissant que polémique dans l’univers du football international. Arrivé à la présidence de la FIFA en 2016, après l’ouragan du FIFAgate, Infantino a affiché sa volonté de transformer l’organisation, mais aussi de renforcer sa propre place au cœur du jeu. Au fil des années, l’homme a multiplié les décisions chocs et les initiatives audacieuses (parfois trop), attisant autant l’admiration que la controverse. Sous sa houlette, la FIFA a connu une explosion de ses revenus, une internationalisation accélérée et une série d’alliances politiques qui alimentent les suspicions de favoritisme, d’atteinte à la neutralité et d’instrumentalisation du football mondial. Entre coups d’éclat, stratégie d’influence et inquiétudes nourries par la gestion interne, Gianni Infantino divise, fascine et inquiète, au moment où le footballdiplomatie n’a jamais semblé aussi puissante dans l’arène internationale.
Lorsque Gianni Infantino est élu à la tête de la FIFA en février 2016, le football mondial sort tout juste d’une tempête judiciaire d’ampleur inédite. La « purge » de 2015 a vu tomber sept hauts responsables, dont Sepp Blatter, emportés par des affaires de corruption et de mauvaise gestion. Dans ce contexte de disette morale et de perte de confiance, Infantino se présente comme l’homme du renouveau. Il martèle : « L’argent de la FIFA, c’est votre argent », à destination des 211 fédérations membres, promettant redistribution, transparence et modernité.
Aussitôt élu, Infantino doit faire face à sa première polémique avec son apparition dans les Panama Papers. À l’époque secrétaire général de l’UEFA, il avait validé un contrat télé douteux lié à des acteurs poursuivis ensuite pour corruption. Même si la commission d’éthique classe rapidement l’affaire, l’image de rectitude promise s’effrite. Ce passage d’une zone d’ombre à la présidence laisse en suspens une question centrale chez les observateurs : Infantino veut-il restaurer la gouvernance de la FIFA… ou simplement la contrôler différemment ?
Les témoignages d’anciens membres du comité d’éthique ou du comité de gouvernance – évincés pour avoir osé élever la voix – mettent en lumière une réalité plus contrastée. Miguel Maduro, qui a tenté de s’opposer à certaines nominations, décrit une pression constante, une gestion verticale et une volonté d’écarter toute forme de contre-pouvoir. D’un côté, des réformes sont annoncées, des promesses de transparence sont faites. De l’autre, la machine Infantino semble aspirer à centraliser toujours plus de pouvoirs. Ce double visage questionne son attachement à une vraie gouvernance démocratique et entretient la controverse sur son leadership.

Difficile de parler de Gianni Infantino sans s’attarder sur l’essor financier fulgurant de la FIFA depuis son arrivée. Rien qu’en 2024, la rémunération totale d’Infantino a dépassé les 6 millions de dollars – multipliée par quatre depuis 2016 ! À l’échelle de l’organisation, la manne s’avère bien plus massive. La dotation du Mondial 2026 atteint 871 millions de dollars, les revenus projetés pour le cycle 2023-2026 flirtent avec les 13 milliards, et la Coupe du monde des clubs organisée aux États-Unis a déjà engrangé 2,1 milliards.
Face à ces chiffres vertigineux, le contraste avec les conditions précaires de nombreuses ligues africaines ou asiatiques choque. Beaucoup dénoncent une redistribution inéquitable, voire un « capitalisme footballistique » où le prestige prime sur la solidarité. Pour Mark Pieth, expert reconnu en gouvernance sportive, la FIFA, loin de retrouver sa vocation associative, s’est muée en « complice enthousiaste de la stratégie de sportswashing d’États richissimes ».
Quelques fédérations touchent le jackpot, alors que d’autres restent à la peine. Pourtant, la communication officielle reste focalisée sur la réussite économique plutôt que sur l’équité ou le développement local. Ce déséquilibre alimente la suspicion : la FIFA privilégie-t-elle le business et le rendement sur son devoir de gouvernance universelle ? Les inquiétudes ne cessent de croître sur la véritable destination des fonds colossaux brassés par l’organisation sous l’ère Infantino.
L’une des marques de fabrique de la présidence d’Infantino reste sans doute son habileté à faire du football un formidable outil de footballdiplomatie. En remettant en décembre 2025 un « prix de la paix » sur mesure à Donald Trump, alors que l’attribution de la Coupe du monde 2034 à l’Arabie saoudite se réalise sans vote, Infantino défie ouvertement la notion de neutralité politique si chère à la charte de la FIFA.
Ces gestes symboliques n’échappent pas aux organisations de défense des droits humains. L’ONG FairSquare dépose une plainte formelle contre Infantino pour violation du devoir de neutralité après ses multiples déclarations publiques soutenant Trump et sa participation au Conseil de la Paix à Miami. Plus globalement, l’accélération des liens avec certains États pétroliers, la montée en puissance de sponsors comme Aramco ou le Fonds d’Investissement Public saoudien, et la quasi-absence de processus démocratique lors de décisions-clés (attribution des compétitions, modification des statuts) intensifient la polémique.
Parmi les témoignages recueillis, on relève celui d’un consultant en relations internationales : « Le football ne sert plus seulement à rassembler : il devient un levier géopolitique, un instrument de puissance soft pour des États qui cherchent à s’acheter une image. » Cette instrumentalisation accentue la défiance d’une partie de l’opinion, qui considère que la FIFA fusionne désormais sport et diplomatie à son propre profit.

Derrière la façade des grandes réformes, la réalité du fonctionnement interne de la FIFA sous Gianni Infantino semble annoncer une ère de centralisation sans précédent. En mai 2024, les statuts de l’organisation sont modifiés : désormais, le secrétaire général dépend directement du président. Fatma Samoura, censée incarner la diversité et la transparence, n’a finalement été qu’une figure de proue au rôle mineur – elle démissionne en 2023, privée d’influence réelle.
Les anciens présidents du comité d’éthique, Borbély et Eckert, ainsi que Maduro au comité de gouvernance, ont tous été poussés dehors après avoir contesté certaines pratiques. Borbély a qualifié son départ de « politique » – un sentiment partagé par plusieurs hauts responsables ayant approché de trop près la ligne rouge des intérêts du président. Le célèbre Sepp Blatter, ancien chef destitué pour corruption, va jusqu’à parler de « dictature » lorsqu’il évoque la mainmise totale d’Infantino sur l’organe exécutif, dénonçant l’impuissance du Conseil de la FIFA.
Ce changement de ton et de méthode s’accompagne d’une réorganisation verticale, où le président se trouve à la fois juge, partie et décideur. Les observateurs s’inquiètent logiquement du manque de contre-pouvoir, d’autant que la possibilité de voir Infantino briguer un quatrième mandat, voire de rester à la tête de la FIFA jusqu’en 2031, nourrit le sentiment d’une gouvernance verrouillée pour la décennie à venir. La centralisation du pouvoir pose aujourd’hui un risque majeur pour la transparence et la bonne gestion du football mondial.
Malgré la pluie de polémiques et de mises en cause, Gianni Infantino s’en sort, jusqu’à aujourd’hui, sans aucune condamnation judiciaire. Plusieurs enquêtes, dont celle du procureur fédéral suisse Stefan Keller pour « abus d’autorité » et « entrave à l’action pénale », n’ont jamais abouti. Les faits reprochés, comme des rencontres non protocolées avec des magistrats responsables de dossiers sensibles, ou des échanges dont les protagonistes « ne se souviennent plus », laissent un flou troublant autour de la gestion des affaires internes.
En 2025, une procédure pour « trafic d’influence actif » – à la suite d’une plainte déposée par Michel Platini, grand rival évincé du jeu politique – est classée sans suite. Une autre, liée à une plainte d’un avocat suisse pour « dénonciation calomnieuse », reste en suspens. Aucune condamnation, mais un climat de suspicion persistant qui alimente la défiance des partenaires, supporters et journalistes.
Cette capacité à rester « hors d’atteinte » interroge sur le fonctionnement de la FIFA et la protection dont bénéficie son président. Pour beaucoup, cela participe de la crise de confiance affectant l’institution. Stanis Elsborg, spécialiste de la gouvernance sportive, affirme : « Jamais la FIFA n’a semblé aussi imperméable aux critiques ni aussi dépendante du charisme et du pouvoir du boss. » En attendant, les affaires continuent d’alimenter la chronique et de renforcer le sentiment de malaise autour de la présidence actuelle.
Un regard sur les chiffres récents suffit à mesurer l’influence d’Infantino sur le business du football. Entre 2023 et 2026, la FIFA a récolté des recettes records, signant des contrats titanesques avec des plateformes comme DAZN (près d’un milliard pour la Club World Cup) ou des sponsors étatiques (Aramco, PIF). De ces affaires, le prestige international de la FIFA sort renforcé… mais pas forcément le tissu local du football mondial.
La logique du rendement maximal a toutefois un prix : ligues africaines sous-financées malgré le programme FIFA Forward, redistribution très inégale des ressources, concentration des aides sur les infrastructures de gala plus que sur le développement durable. Plusieurs syndicats de joueurs, dont FIFPRO, dénoncent la priorité donnée au business, au détriment du football de base et de la santé des compétitions domestiques.
| 🏅 Revenu FIFA (2024) | 📈 Progression sur 10 ans | 💵 Part allouée à la direction |
|---|---|---|
| ~6,1 M$ (rémunération Infantino) | x4 (depuis 2016) | 33,2 M$ (versés à la direction et au conseil) |
| 871 M$ (dotation Mondial 2026) | +15% (par rapport au record précédent) | Organisation « non lucrative » sur le papier |
| 2,1 Mds$ (Club World Cup USA) | Record de ventes TV | Part essentielle au financement du board |
Face à cette réalité, chaque nouveau sponsor, chaque méga-contrat pose la question : le football mondial gagne-t-il vraiment à se laisser guider par la seule logique du marché ?
Depuis le début de la présidence d’Infantino, le football est devenu un terrain d’influence inédit pour plusieurs régimes en quête de respectabilité. L’attribution du Mondial 2034 à l’Arabie saoudite, la nomination express de sponsors venus du Golfe, mais aussi l’émergence de la FIFA comme un acteur incontournable du soft power mondial interrogent. Les méthodes, elles, détonnent : vote par acclamation, processus accélérés et indemnités records réservent le dernier mot à un cercle restreint autour du président.
L’assise politique d’Infantino en sort grandie, mais son image de président intègre s’effrite. Pour nombre d’observateurs, on assiste à un retour en force du football comme instrument diplomatique, où l’intérêt sportif passe après la realpolitik. Cette nouvelle configuration risque de déplacer durablement l’équilibre des compétitions et de creuser le fossé entre puissances économiques et nations moins dotées.
Un expert en relations internationales résume : « Sous Infantino, la FIFA ressemble parfois à un laboratoire de la mondialisation, où tout peut s’acheter, y compris l’image de marque et la légitimité sur la scène internationale ».
Malgré les rouages bien huilés de la machine Infantino, la contestation ne faiblit pas. Les témoignages de Michel Platini, écarté du jeu, ou de Sepp Blatter, déchu mais toujours prompt à alerter, font écho à ceux d’universitaires et de responsables associatifs. Tous se disent inquiets d’un « déficit démocratique » à la FIFA. En 2026, la perspective d’un quatrième mandat, permise par une interprétation souple des statuts, symbolise les critiques d’une présidence devenue quasi irrévocable.
Du côté des joueurs, la grogne monte : salaires mirobolants en haut de la pyramide, pressions sur les stars, multiplication des matches, mais conditions minimales rarement respectées pour les ligues « secondaires ». Les syndicats, réunis au sein de FIFPRO Europe, ont saisi la Commission européenne pour abus de position dominante, s’agaçant de la priorité donnée au rayonnement international aux dépens du bien-être des sportifs et du bon fonctionnement des instances continentales.
Les listes de griefs s’allongent :
D’après Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, « cette Coupe du monde est la plus géopolitique de l’histoire », un diagnostic qui exprime à la fois la fascination et la crainte d’un monde du foot transformé par des logiques politiques et économiques de plus en plus éloignées de l’intérêt général. Il reste à voir si la résistance des acteurs minoritaires permettra d’ouvrir un nouveau cycle, plus équitable et plus démocratique, dans les années à venir.
Son style de gestion centralisé, les polémiques autour de ses décisions politiques et la multiplication des soupçons de favoritisme expliquent sa réputation controversée dans le football mondial.
Sous Infantino, la FIFA a vu ses recettes exploser, mais la question de l’équité dans la redistribution et de l’usage des fonds reste brûlante. Les ligues mineures réclament une répartition plus juste des richesses.
Oui, la gestion Infantino a mis l’accent sur le rapprochement avec des États puissants, ce qui soulève des inquiétudes sur la neutralité et le risque de sportswashing des grandes compétitions.
Jusqu’à aujourd’hui, aucune condamnation n’a été prononcée contre lui, malgré plusieurs plaintes et enquêtes pénales ouvertes depuis 2016.
De nombreux acteurs réclament un rééquilibrage démocratique, plus de transparence et une gouvernance qui ne soit pas centrée sur une seule personne ou un cercle restreint d’intérêts.